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Entre Saint-Emilion et les collines ou falaises de l’Entre-deux-mers, les paysages ont été façonnés par la mer, les glaciers, les fleuves et rivières roulant pendant des millions d’années des graves sur une belle et bonne langue calcaire. Des terroirs viticoles prestigieux sont nés de cette composition, décomposition, recomposition géologique : l’art du vigneron consiste d’abord à « lire » cette partition des sols avec intelligence.
Au Château Martet, le propriétaire, venu de Belgique, négociant expérimenté (maison fondé en 1886), Patrick De Coninck a commencé par adapter l’encépagement au sol argilo-calcaire ou argilo-graveleux. Plus on s’élève avec les vignes vers le sommet de ces plateaux et pentes dominant la vallée de la Dordogne, plus la grave des sols étincelle au soleil d’hiver (ou de printemps ou d’été !). Ces cailloux lisses emmagasinent la chaleur et font souffrir la vigne avec bonheur. Un moulin restauré marque l’altitude de 100 m et la présence de vents douxqui modèrent l’été si besoin et apportent le frais océanique comme les lamproies remontent le flot de la rivière.
Sur ces sols, trois originalités majeures du château Martet :
1-le merlot est roi, au détriment des cabernets qui furent arrachés lors de la restructuration, faute de garantir des maturités suffisantes et coupables de laisser aux vins des goûts de poivron vert ;
2-une replantation en vigne basse (5500 pieds à l’ha) ;
3- la taille au cordeau : le plant de vigne semble se prolonger en deux bras identiques qui permettent à la sève de circuler sans acoups ni coudes et de favoriser le feuillage en hauteur ; les grappes se disposent horizontalement un peu comme « en vitrine » : le fruit profite au maximum de l’ensoleillement et la plante de la photosynthèse.
La qualification « agriculture raisonnée » a été obtenue en 2006 : engrais organiques seulement, traitements en cas d’extrême nécessité, vendanges manuelles en petits contenants. On sent chez Patrick De Coninck (et son collaborateur maître de chai Bernard Loménie) une volonté farouche de rigueur. On tourne dans les parcelles avec amour (25 ha d’un seul tenant). On est fier de la cuverie ciment revêtu (chaque parcelle aura sa cuve). On caresse les barriques de la maison Radoux, en chêne de quatre provenances françaises différentes. On a choisi une température constante de 15° pour le chai. Dyonisos est au dessus de la porte, dieu joyeux drille en fer forgé.
Une chartreuse, ancienne maison hospitalière destinée aux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, veille sur l’histoire de ce vignoble dont les premiers plants furent soignés aux siècles de l’opulence gallo-romaine.
L’étiquette du château Martet, réserve de Famille, est la face visible et modestement éclatante de la rigueur du maître et de son équipe : hommage aux papiers manuscrits qu’accrochaient les courtiers d’autrefois aux barriques dont ils avaient goûté et sélectionné le vin, l’étiquette de M. De Coninck énumère, en manuscrit, les données « techniques » : cépage, dates des vendanges, nom des parcelles de l’assemblage, détail de la Mise, nom du vinificateur, en l’occurrence Louis Mitjaville. Pas de luxe typographié, mais des vérités brutes.
Et du plaisir au nez et en bouche.
Notes de dégustation du 3 mars 2010 |
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CHATEAU MARTET 2009
Son séjour en barriques de chêne n’est pas encore à mi parcours. Le vin est au fruit. On le sent capable de résister au bois neuf. Les notes sont complexes. La puissance est là. On devine un potentiel énorme. Rendez-vous dans cinq ans. Ce sera un millésime qui fera la course en tête. |
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CHATEAU MARTET 2001 réserve de famille
C’est devenu un lieu commun hélas vrai : le millésime a souffert de son aîné 2000 célébré par le millénaire symbolique. Qu’importe : le 2001, dégusté sur un Maigre rôti, est vif comme un diable qui se serait assagi, équilibré, ondoyant comme un gascon vu par son voisin Montaigne (le vignoble est à portée de trot de la Tour-librairie de l’écrivain), bref, sensuel.
Notation : 97/100 |
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CHATEAU MARTET 2006 réserve de famille
Dégusté au cours du même repas, le vin du nouveau millénaire est très présent au palais, s’y déployant en totalité grâce à sa charpente et la puissance du fruit. Et avec çà, une rondeur qui n’occulte pas les notes de cassis ou cerise.
Notation : 97/100 |
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CHATEAU MARTET 2005 réserve de famille
Dégusté quelques jours plus tard sur un jambonneau, il étonne par sa puissance encore prometteuse et sa rondeur déjà. Fruits rouges bien sûr, mais cuir aussi, qui donne une sorte d’onctuosité sensuelle, une grande souplesse en bouche. La douceur des caresses alliée à la vivacité d’une musculature puissante.
Notation : 98/100 |
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